"L’intérêt de L.B pour l’améthyste se rapproche de la manière dont les pierres nes sont considérées en joaillerie : un ensemble non précieux, mais dont la couleur et la transparence les rendent aptes à leur mise en scène. De la nature de la pierre, couplée à sa lapidation, se détermine ainsi le mérite de son appellation et de son ornementation par les experts. On ne peut nommer gemme n’importe quelle matière, de même que la gemme ne peut devenir joyau de n’importe quelle façon. 

Les gemmes que présente l’artiste résultent d’une tromperie. Une tromperie faite de résine et papier, mais qui par son goût pour la lumière et la mesure fait persister en nous la rigueur de l’étude. L’espace d’exposition transformé en laboratoire de recherche, le travail déploie tirages, dessins et sculpture, appelant tous à la curiosité pour le minéral. Une curiosité dont il convient d’en regarder les différents aspects, aussi bien les contours que les faces, parce qu’il s’agit bien ici de démontrer, à travers son caractère brut et pointu, les multiples formes géométriques que contient en lui l’objet observé. 

Tour à tour sujet d’expérimentation, sujet radiographique et sujet lumineux, la pierre semble ne pas avoir besoin d’être taillée pour apparaître comme telle. Dans sa forme la plus pure réside déjà une structure, qui prend toute sa puissance grâce à la sensibilité lumineuse de la pierre. En approchant, en traversant la surface première des choses, surgit l’autre partie de lignes, ou plutôt une partie qui veut bien surgir, ajoutant de la sorte un maillon supplémentaire à un réseau pour le moins complexe. Il serait vain à ce stade d’expliquer en quoi ces pierres ne sont pas des gemmes : ce n’est pas l’intention de L.B que de dissiper cette illusion."

Mathieu Lelièvre 2017

"Au cours de sa résidence à l'UPMC, Laura Ben Ami a imaginé deux créations distinctes. La première, intitulée Battologie, consiste en la diffusion d'un son; celui-ci diffuse les battements de coeur de dix personnes, visiteurs ou membres des colectifs qui ont investi l'atelier et "vécu" l'espace, coeur de l'université. La seconde, constituée d'une caisse en bois, invite les spectateurs à expérimenter ce micro-lieu en marchant pieds nus sur la terre qu'elle contient. L'installation inclue également un dessin/collage, représentant l'université et ses jardins, qui révèle, non sans paradoxe; cette étrange cohésion des espaces verts avec l'architecture moderne qui l'avoisine.

Laura Ben Ami s'intéresse aux tensions qui existent entre le naturel et l'artificiel. C'est notamment ce qui l'a amenée à travailler autour de la notion d'hybridation, de fusion des genres. Les lignes et la géométrie ont fait irruption dans son travail à la suite d'un séjour à Séoul, où les blocs architecturaux côtoient des espaces verts indisciplinés. Cette fascination pour les lignes se retrouve dans d'autres de ses créations, incorporant, par exemple, des circuits imprimés, fossile de notre époque. L'installation présentée par l'artiste, à la galerie Passerelle semble s'inscrire, par ailleurs, dans une logique particulière car, chez Laura Ben Ami, et de manière récurrente, les dessins se meuvent déjà en une dimension sculpturale."   Cassandre Langlois et Dimitri Levasseur - 2017

"La sculpture est le domaine expérimental où les champs de la nature et de la culture fusionnent. La nature est une matériauthèque. C’est le réservoir des énergies que l’artiste extrait en travaillant la matière brute. La sculpture incarne l’essence d’une activité humaine qui confronte les ressources, les énergies et les processus naturels avec les techniques humaines: une réconciliation de la nature et de la culture, sans domination de l’une par l’autre. Empreint de considérations sociales et environnementales, le travail de Laura Ben Ami joue sur les polarités entre le naturel et l’artificiel, la rationalisation et le hasard, l’intérieur et l’extérieur, l’onirisme et le réel, le précieux et le banal.

En 2011, elle réalise un décor constitué d’un robinet fixé dans un faux mur. L’ensemble, recouvert de peinture fluorescente, brille dans l’obscurité comme l’allégorie surréaliste d’une source tarie ( Robinet, 2011). Les installations foisonnantes qu’elle réalise recomposent une nature métaphorique et polymorphe. Les formes jaillissent et se croisent pour donner naissance à des hybridations dont la fantaisie, la vigueur et la spontanéité ont été inspirées en particulier par les mégalopoles asiatiques qu’elle a visitées. Une fascination, notamment , pour la manière dont les espèces tropicales et les canalisations s’entrelacent au sein de l’urbanisme, comme si la ville possédait son propre organisme biomécanique ( Tuyau, 2011). Les oeuvres de Laura Ben Ami sont des chimères ambiguës qui, par l’assemblage des contraires, dénoncent les dérives environnementales tout en célébrant les nouvelles diversités contemporaines." Gallien Déjean 2011