La Ste Trinité ou le Bal des têtes, 2019

 

Performance filmée au Générateur, Gentilly, 2019  

La Ste Trinité ou Le Bal des têtes est une performance chorégraphique qui évoque les relations inter-familiales, à savoir le ballet émotionnel, gestuel et connectif qui s’opère à l’intérieur d’un groupe de personnes apparentées. 

 

Les interactions se font ici au travers d’un jeu de mains qui devient jeu de vilain. Elles découlent en effet d’un jeu traditionnel kabyle pour enfants et qui est joué par deux personnes dont un adulte et un enfant. Les deux se pincent mutuellement les mains et l’adulte chante une chanson qui parle de la poule d’une famille qui finira par se faire manger par le chien de cette même famille. L’adulte qui chante joue le rôle du chien et l’enfant celui de la poule. A la fin de la chanson, l’adulte mange l’enfant en le chatouillant. 

 

Il est à la fois drôle, attendrissant et empreint de violence. Le pincement des mains est léger, il ne fait donc pas mal, cependant il représente un acte agressif. Il en est de même pour l’histoire de la poule ou l’enfant qui est mangé(e) par le chien ou l’adulte. Le chatouillement qui représente l’action d’être dévoré(e) vivant(e) est symbole de peur et d’amusement, il est appréhendé et attendu par l’enfant. 

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La Sainte Trinité ou Le Bal des têtes (2019) -performance, Laura Ben Amim.png

Les paroles de la chanson ont été modifiées en y remplaçant le nom de la famille évoquée par le mien soit Hadj Ali est devenu Ben Ami et Aït Ali est devenu Aït Ami. 

 

                     Chanson                                                  Traduction

 

           « Chiv Chiv Waali                                  Chiv Chiv Waali (nom de la poule)

              Thayazir n’Ben Ami                            La poule des Ben Ami

              Ath roh ateqen el henni                      Est partie mettre du hénné 

              Yetchet’ss wkjoun n’Aït Ami »            Mais le chien des Aït Ami l’a mangé

                                  

La chorégraphie est exécutée par une trinité de femmes représentant une mère et ses deux filles. Les performeuses revêtent les masques des moulages de leurs visages. Elles incarnent et incorporent leurs identités qui sont guidées par la chanson du jeu. Jeu auquel je jouais avec mon père et qui est donc empreint de son souvenir. La chanson fait écho à cette relation bien que ce soit une voix féminine qui la chante. 

 

La figure paternelle est donc à la fois manquante et présente. Manquante par la représentation physique et sonore mais présente par l’intention et l’évocation. Par là, elle mène la danse car ancrée de façon inconsciente au sein de la trinité féminine. La trinité joue ses rôles propres et celui de la figure manquante. 

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